03 juillet 2008
L'université de demain
Voici la contribution thématique que nous avons écrite sur l’Enseignement supérieur avec Barnabé Louche, Diego Melchior et Jean-Baptiste Hermann dont la première signataire est Najat Vallaud-Belkacem, présentée hier soir en Conseil National. Bonne lecture à tous!
Contribution_th_matique___l_universit__de_demain
14 mars 2008
Yes, we can !
Il n'y a pas qu'aux Etats-Unis que le changement est possible. Un projet et une équipe viennent de rendre le changement possible à l'autre bout du monde, dans une ville de l'Est de la France, à Metz. J'ai milité à côté de ces gens durant d'autres campagnes, je connais la valeur de nombre d’entre eux, et je peux témoigner de leur compétence et de leur énergie. Je n'ai pas participé à cette campagne des municipales pour des raisons qui m’appartiennent. Pour la première fois depuis longtemps, j’ai vécu la campagne de l’extérieur, comme la majorité des gens, le matin dans les journaux, le soir à la télévision. J’ai donc porté un regard moins investi sur les évènements des dernières semaines. Pourtant, plus je tournais les pages de la presse, plus je zappais sur les nouvelles locales et plus je comprenais que la longue marche qu’ont entrepris les 55 colistiers de la liste de Dominique Gros nous mènerait sur le perron de l’Hôtel de Ville. Et vous l’avez sans doute constaté, cette longue marche a été parsemée d’embûches : la trahison, le mensonge et le mépris. A ces attaques, ils n’offrirent que trois réponses : dignité, conviction et détermination. Alors, dans les rues messines, a retenti l’écho d’un slogan scandé par les jeunes démocrates dans les rues américaines : yes, we can ! Regardez bien ces 55 colistiers qui nous ont donné la fierté d’être progressiste et l’espoir d’une alternance, oui, regardez-les bien, chacun d’entre eux incarne un aspect du changement nécessaire à Metz. Ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour gagner, maintenant c’est nous, les électeurs, qui pouvons les faire gagner. Dimanche, nous glisserons l’avenir de notre ville dans l’urne, et si le bulletin est en faveur de la liste de gauche, je ne doute pas que l’avenir de Metz sera prometteur. Dimanche, au moment du dépouillement, au moment de tourner la page, au moment de commencer une nouvelle histoire, nous saurons désormais que yes, we can !
03 février 2008
Une jeunesse française
La jeunesse serait-elle un naufrage ? En France, il parait que oui. Une récente étude sur l’état de la jeunesse quarante ans après 68 nous dit que « sous les prozacs le blues ». 26% des jeunes français pensent leur avenir prometteur. Rendez-vous compte : moins de 3 jeunes sur 10 ! Autre donnée : pour 39% d’entre nous, les gens peuvent changer la société. Une avant-garde éclairée par les lueurs d’une improbable sortie de tunnel… Résultat de l’étude : nous sommes la jeunesse la plus déprimée du monde.
Avant confirmation du diagnostique, de nombreux symptômes alertaient déjà. Symptôme politique : génération du 21 avril, les jeunes s’abstiennent puis défilent. Symptôme social : génération précaire, les jeunes défendent des acquis (contre le CPE notamment) sans revendiquer de nouveaux droits. Symptôme culturel : génération tecktonik, les jeunes inventent un nouveau mouvement sans philosophie de vie (contrairement aux précédentes cultures hip-hop ou rock).
Les dealers d’opinion nous fourguent des excuses : les soixante-huitards monopolisent les responsabilités, la crise nous empêche de vivre, c’est la course aux diplômes, pouvoir d’achat en berne, logement introuvable, stages interminables, chômage structurel et puis on ne peut plus fumer en boite, et vous hommes et femmes politiques, qu’avez-vous fait de nos vingt ans ?
Tout ça sonne faux. Historiquement, crise et vingt ans font bon ménage : les mondes qui s’effondrent ont toujours trouvé leur fossoyeur dans la jeunesse. Les Romantiques naîtront pendant la Restauration, les Surréalistes entre la Grande Guerre et le krach de 29, les Existentialistes et assimilés dans la France occupée. Parfois même, la jeunesse sera à l’origine des crises, politiques pour la plupart, le Boul Mich’ en brûle encore. Pour imposer ses idées et ses idéaux, chaque génération a contesté l’ordre des aînés, a déconstruit le passé pour mieux reconstruire au présent, n’a pas attendu qu’on lui permette et s’est autorisée d’elle-même.
A bien des égards, le tourbillon 68 est devenu l’archétype de la jeunesse éternelle. Mais depuis plus rien : les étudiants de 68 sont devenus les notables de 2008 et les étudiants de 2008 évitent de rassembler à ceux de 68… Faire ce qu’on attend d’eux, se fondre dans un moule enduit de naphtaline, se planquer derrière le bureau Z99, couloir droit, au deuxième étage seulement - par peur du vide, glisser son annulaire dans une alliance, se loger dans un pavillon avec balançoires et chien en laisse, remplir sa penderie de fripes marquées jusqu’à l’explosion des portes, avoir pour seul désir le dernier écran plat - effectivement plat, se promener dans les parcs d’attractions pour se divertir - et parfois même pour s’aimer !, dans les centres commerciaux pour passer le temps, danser frénétiquement en boite pour se sentir vivant, s’emmitoufler dans des charentaises la bière fraîche dans une main la télécommande dans l’autre en recomptant mentalement ses points retraite : bienvenue dans l’infernale vie rêvée de la jeunesse française.
Le verdict est prononcé, la messe est dite : les jeunes français se rêvent vieux. Ils croient déprimer parce qu’ils savent leur velléité bourgeoise compromise par une morosité économique persistante. Puisqu’on ne peut rien avoir, soyons rien, devenons le vide. Les soupentes d’artistes enragés sont désertées, ci-gît la bohème !
Et si, pour changer leur état d’esprit, ils changeaient de rêves ? L’enjeu est vital car une société dont la jeunesse ne se révolte pas est une société qui agonise. N’entendez pas révolution quand je dis révolte ! Les emblèmes de la révolte ne sont pas forcément le pavé et la barricade. Voyez plutôt le crâne et les idées, la plume et les pages, la scène et le geste, la tribune et le discours… Elle ne connaît ni chapelle, ni disciple, ni parti, ni discipline. Vous la pensez unique, elle est multiple. Vous l’espériez rouge, elle est arc-en-ciel. Vous la croyez respectueuse, elle est insolente. Vous la craigniez mortifère, elle est création. Esthétique, éthique, politique ou métaphysique, elle porte en elle le génie de la réinvention permanente du monde, elle nourrit au sein toutes les renaissances. Retrouver ce goût de la révolte nous rendrait la force d’affronter l’époque à bras-le-corps, sans pessimisme ni déprime, et ainsi de viser l’horizon.
29 janvier 2008
Rambaud IV
Un de plus, en êtes-vous bien certain ? Certes Patrick Rambaud publie un livre sur… Sarkozy, encore, mais non il ne s’agit pas d’un opuscule supplémentaire concernant les frasques de l’Agité Suprême. C’est bien mieux que la fresque épique de la groupie Reza, ça dépasse les descriptions minutieuses de la nuit du Fouquet’s, ça emporte les pipolades lénifiantes des trois bouquins traitant de la rupture présidentielle, ça déblaye les feuilles mortes du mandarin désespérément rouge Badiou… Fils caché (forcément caché puisque ancien nègre) de Saint-Simon et de Voltaire, Rambaud adopte, dans sa Chronique du règne de Nicolas 1er, le ton compassé du mémorialiste, l’écriture irrévérencieuse du polémiste. Davantage trompe-l’oeil que portrait, le livre décrit les personnages, les intrigues et les mœurs de la cour élyséenne : il dénonce l’illusion par l’imitation, le vaudeville par le pastiche. Attention décalage ravageur, réquisitoire contre les dérives monarchiques du régime, appel à la prise des prochaines bastilles. Rancunière, la littérature devient action et montre de quoi elle est capable à notre Souverain.
05 janvier 2008
Ironie? Vous avez dit ironie?
Voltaire, reviens, ils sont devenus hermétiques à l’ironie! Dans un de ses posts, Didier Jacob, soi-disant journaliste littéraire du Nouvel Obs, épingle Philippe Sollers pour sa chronique mensuelle qui serait un dithyrambe sarkozyste en règle… Sollers écrit : « Tout ce que je lis sur lui me semble faux, vieilli, superficiel, à côté de la plaque, sourdement jaloux, fasciné à l’envers. Il faut le dire une bonne fois : Sarkozy est le génie de notre époque, celle du spectaculaire intégral. […]J’entends murmurer qu’il serait vulgaire : oui, sans doute, et alors ? L’ère planétaire est vulgaire, et la dominer nerveusement n’est pas à la portée de n’importe qui. » Jacob répond : « Sollers délire, à longueur de JDD, virevoltant mélange de cynisme et d’incohérence, vente en gros de vestes retournées. »
Incohérence ? Une des références récurrentes des textes de Sollers, c’est Guy Debord, penseur situationniste. Situationniste ? Oui, vous savez la théorie qui veut que le spectacle représente l’achèvement du capitalisme, que le spectacle devienne une idéologie économique puisque la société contemporaine encourage l’unicité des modes de vie à travers des manifestations audio-visuelles, bureaucratiques, politiques et économiques.
A la lumière de cette explication, la chronique incriminée s’éclaire. Non, Sollers ne fait pas l’éloge de Sarkozy. Au contraire, il réveille les commentateurs de toutes sortes qui ne comprennent pas que Sarkozy porte la société du spectacle à son paroxysme. Encore faut-il entendre le ton grinçant, l’écriture antiphrastique et l’humour de l’article… Outre l’amusant « dominer nerveusement », les indices ne manquaient pourtant pas : « Sarkozy plus fort que tous les autres guignols du spectacle ? C’est l’évidence, et tout patriote français devrait en être fier. » Et même ce passage, Didier Jacob le prend au sérieux ! « Franchement, avez-vous vu mieux depuis Bonaparte ? Du haut des pyramides, quarante siècles contemplent cet exploit. Le Président est là, il jouit, il médite. Carla, le soir, lui chante doucement une berceuse, et Hollywood se convulse d'envie. Vous persistez à me parler du pouvoir d'achat, de l'augmentation des salaires et des sans domicile dans la rue ? Quelle mesquinerie ! » Il suffit d’ouvrir un livre de Sollers pour découvrir toute l’estime qu’il porte, en grand dix-huitièmiste, à Bonaparte. Et comparer Sarkozy à Bonaparte est, à n’en pas douter, signe du même sentiment…
Décidément non, pas l’ombre d’un éloge dans cet article. La distance entre l’œuvre intégrale de Sollers et cette apologie de Sarkozy nous assure de l’ironie du texte. Si Sarkozy est le génie de son époque, Didier Jacob en est bien le chroniqueur, chroniqueur d’une époque où l’ironie est évacuée. Pourquoi s’encombrer de ce recul sur les évènements, de cette critique du réel, de ce questionnement du monde ? L’ironie fut et reste la subversion de l’intelligence, le refus sans le renoncement.
Subversion de l’intelligence ? Tout est dit, tout s’explique, voilà deux mots intolérables pour la société du spectacle. On ne raille pas les icônes à vénérer, on n’égratigne pas les veaux d’or, on ne conteste pas les ordres établis. L’ère planétaire serait vulgaire : oui, sans doute, et alors ? La vulgarité est dans l’air du temps : le Pape n’accueille-t-il pas JM Bigard ? Une de ses variantes est l’indécence : le Roi n’exhibe-t-il pas sa dulcinée pendant que les Don Quichotte combattent des moulins à vent ? Une autre l’inconséquence : le Roi ne s’amuse-t-il pas pendant que le peuple gronde ?
L’ironie est un réveil qu’on bousille à coup de marteau, histoire de poursuivre nos léthargies consentie et inconsciente. En réalité, l’aveuglement de Didier Jacob est prétexte à un duel avec Sollers, cynisme contre ironie. Il avait le choix des armes : soit la bêtise soit la mauvaise foi. Epoque oblige, témoignons de sa mauvaise foi…



